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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 11:28
Bertrand Bissuel, LE MONDE 08.02.10

Sous l'effet de la crise, les cellules de reclassement ont pullulé en France durant l'année 2009. Leur nombre exact n'est pas connu, mais elles constituent l'une des solutions privilégiées pour favoriser la réinsertion professionnelle des salariés victimes d'un licenciement économique. Pourtant, ces dispositifs sont critiqués depuis plusieurs années, comme vient de le rappeler une récente étude du Conseil économique, social et environnemental (CESE) présentée par Marcelle Ramonet, ex-députée UMP. La quantité et la qualité des emplois retrouvés grâce à ces mesures laisseraient à désirer.

Mises en oeuvre à partir des années 1980, les cellules de reclassement se sont développées en raison du renforcement des obligations qui pèsent sur les employeurs pour trouver du travail à leurs salariés licenciés pour motif économique. Il semble également que cette tendance ait été encouragée par l'instauration, en 1989, d'une aide financière des pouvoirs publics au profit des entreprises mettant en place de tels dispositifs, ajoute Mme Ramonet.


Deux types de cellules de reclassement coexistent : celles qui sont "conventionnées" (c'est-à-dire gratifiées d'une participation budgétaire de l'Etat plafonnée à 2 000 euros par salarié) et celles qui sont "non conventionnées" (financées par les entreprises).

Selon Gérard Cherpion, député (UMP) des Vosges et auteur d'un avis sur la question en 2008, les cellules non conventionnées sont les plus répandues, mais elles ne font pas l'objet d'un recensement exhaustif. En revanche, le nombre de cellules conventionnées, lui, est connu : 708 en 2009 contre 386 en 2008, d'après M. Cherpion ; près de 29 000 salariés ont adhéré à ce type de cellules l'an passé (contre 14 233 en 2008). Même si elles ne sont pas imposées par les textes, les cellules de reclassement "sont aujourd'hui considérées comme un élément nécessaire", observe M. Cherpion : 85 % des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE) en prévoyaient une, en 2008.

Le recours à cet outil a suscité le développement d'un marché où se côtoient des cabinets de dimension nationale (Algoé, Altedia, BPI, Sodie...) et des structures locales. Leurs interventions ne font pas toujours l'unanimité. "Les cellules de reclassement, ça aspire tout et ça ne refoule rien", dénonce Marie-Gisèle Chevalier (CFDT), qui fait partie des quelque 3 600 salariés licenciés par Moulinex en 2001. Selon elle, "très peu de gens sont retournés dans le monde du travail" grâce à ces dispositifs, malgré les "sommes d'argent monumentales" qui ont été dépensées.

Le conseil des prud'hommes de Caen a considéré, dans une décision rendue en septembre 2007, qu'"un grand nombre (de salariés de Moulinex) ne s'est vu proposer aucune offre par les cellules de reclassement". Pour réparer ce "préjudice", la justice a exigé que 1 000 euros soient versés à ceux qui avaient saisi les prud'hommes.

Selon une étude des services du ministère du travail, 59,4 % des salariés suivis par une cellule conventionnée en 2005 se sont reclassés (trois sur dix en CDI, un quart en "contrat court" et moins de 5 % en créant ou en reprenant une activité).

Des performances "en demi-teinte", selon la formule de M. Cherpion, dues à plusieurs problèmes : coordination laborieuse avec d'autres acteurs - en particulier avec Pôle emploi ; contrôle insuffisant, malgré la présence d'une commission de suivi au sein de laquelle l'Etat est représenté ; articulation avec d'autres procédures très complexes...

Les cabinets de reclassement ont également leur part de responsabilité. Exemple : le PSE lancé en 2005 par Hewlett-Packard sur plusieurs sites dont celui de Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes). Dans cet établissement sont intervenus des consultants qui "connaissaient mal le bassin d'emploi", raconte Didier Pasquini, délégué syndical national CFE-CGC. De plus, un même salarié a parfois été "suivi par plusieurs consultants", ce qui a nui à la qualité de l'accompagnement proposé.


Certains prestataires sont tellement obnubilés par les objectifs de reclassement qu'ils peuvent être amenés "à centrer leurs moyens sur les plus proches de l'emploi et les plus motivés", écrit le chercheur Olivier Mazade dans La Revue de l'IRES (premier quadrimestre 2005). Quelques "opérateurs" en viendraient même à multiplier les "offres inadaptées" uniquement pour faire du chiffre, rapporte M. Cherpion.

Directeur général adjoint de BPI, Olivier Labarre fait valoir que les cabinets de reclassement sont sollicités sur des "sujets difficiles et complexes". Leur action gagnerait en efficacité, selon lui, si elle était enclenchée plus rapidement.

Aujourd'hui, c'est loin d'être le cas car l'intervention des consultants représente l'un des "enjeux de la négociation" entre les syndicats et l'employeur qui licencie. "Les représentants des salariés ne souhaitent pas que nous venions tout de suite parce que cela équivaudrait, selon eux, à valider les décisions de réductions d'effectifs", explique M. Labarre.

Pour Jean-François Carrara, d'Algoé, il faut également tenir compte des moyens attribués aux cabinets pour juger leur action : "Vous ne parvenez pas aux mêmes résultats si vous avez quatre, huit ou dix-huit mois pour accompagner les salariés."

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